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Mieux connaître l’endométriose

Notre échange au bloc opératoire

Lors de notre visite du Centre d’endométriose de l’Hôpital de la Tour, nous avons eu l’immense privilège d’être invités à assister à une intervention chirurgicale pour l’endométriose dans la salle d’opération.

Une excellente opportunité de discuter de l’endométriose et d’en apprendre davantage sur cette affection.

Nous échangeons un peu sur la question de la fertilité avec le Dr Wenger pendant que le Dr Shabanov termine les derniers examens préliminaires sur la patiente avant de commencer l’intervention. Il explique aussi au personnel présent le diagnostic, où la maladie se situe d’après les examens et le procédé de l’intervention. Cela permet à l’équipe de tout mettre en place. 

Ale bloc

Notre collaboratrice prête pour l’entretien

Il y aura de nombreux échanges, mais nous n’avons pas pu tous les retenir. Ils commencent par une exploration grâce à la caméra afin d’avoir un meilleur aperçu des dégâts et de l’ampleur de la maladie. Ils doivent vérifier exactement, organe par organe, où elle peut se cacher afin de tout enlever correctement (à ce stade, ils peuvent estimer le temps que l’intervention pourrait prendre). Ils nous expliquent le matériel utilisé. Ils nous montrent où se situe la maladie, comment la distinguer par rapport aux autres tissus sains et comment ils utilisent les instruments laser.

En quoi l’endométriose affecte la fertilité?

Tout d’abord, s’il n’y a pas de rapports sexuels, il n’y aura évidemment pas de bébé. D’autre part, il y a les facteurs mécaniques, c’est-à-dire que si les trompes sont fermées à cause d’une inflammation, le processus normal de fécondation ne pourra pas se faire. Mais la plupart du temps, le facteur qui diminue la fertilité est une inflammation et l’endométriose agit à tous les

niveaux. Elle ralentit les spermatozoïdes, elle empêche la contraction des trompes, elle ne permet pas la pénétration du spermatozoïde dans l’œuf. Les œufs qui se développent sont moins nombreux et de moins bonne qualité. Si l’œuf est fécondé, il se développe moins bien et va moins facilement migrer vers l’utérus. Il y a plus de grossesses extra-utérines et en plus, cerise sur le gâteau, de nombreux facteurs empêchent la nidation. 

Comme vous le voyez, l’inflammation peut impacter le système reproducteur de la femme à tous les niveaux. 

Est-ce que cela vous pousse à vous décider plus tôt sur des interventions chirurgicales pour des femmes jeunes en désir d’enfant? 

Si vous voulez, plus elle est jeune, plus on opère. Plus elle est jeune, plus l’endométriose est agressive. Car cela veut dire que la maladie a commencé tôt. La plus jeune patiente que j’ai opérée avait 14 ans. Elle avait déjà une endométriose profonde, ce qui révèle encore un autre problème. Cela veut dire que l’endométriose avait commencé avant les règles, elle avait commencé probablement in-utero. Mais c’est un autre chapitre encore. 

Les deux chirurgiens terminent de tout mettre en place pour l’intervention. Contrôle du matériel nécessaire avec le personnel assistant, dont Marion, des constantes vitales avec l’anesthésiste et préparation de la luminosité de la salle. Pendant ce temps, Bouncy Mag observe et se tient à l’écart pour laisser l’espace nécessaire au travail et pour conserver l’intimité de la patiente. Nous rappelons que l’intervention se fera par laparoscopie (chirurgie mini-invasive). Nous suivons le travail des chirurgiens à travers des écrans tout en restant à côté pour pouvoir échanger. 

Est-ce que la patiente récupère rapidement après une intervention de ce style? Et, si elle désire un enfant, peut-elle reprendre les essais juste après?

Le Dr Shabanov nous avait répondu -off the record- plus tôt que la patiente pourrait être debout dès le lendemain de l’intervention. En principe, elle pourrait reprendre sa vie 24h après, mais qu’un arrêt maladie d’un mois s’imposait. 

Techniquement, si on ouvre le vagin c’est sûr qu’il y aura une cicatrisation du vagin, donc on lui demandera de ne pas avoir des rapports sexuels pendant un certain moment. Si on n’ouvre pas le vagin, c’est bien différent, à la limite demain (le lendemain de l’intervention) elle pourrait réessayer. Mais elle ne va sûrement pas le faire puisqu’il faut qu’elle récupère. 

Une telle intervention n’affecte pas les organes reproducteurs?

Non, sauf si on est obligés de mettre une cicatrice au fond du vagin qui devra guérir. 

Le Dr Shabanov nous expliquera aussi qu’afin de préparer les patientes à l’intervention, elles doivent suivre un traitement hormonal qui bloque les menstruations. Ceci est pour assurer un maximum de visibilité afin de pouvoir enlever la maladie complètement. De ce fait, reprendre les essais bébé tout de suite après c’est possible, mais tout en tenant compte de la période de blocage de l’ovulation. 

Echange sur l’incidence de l’endométriose aujourd’hui qui semble plus importante qu’il y a des années (interrompue à plusieurs reprises par des discussions entre l’équipe médicale à propos de l’intervention)

Dr Shabnaov: Au stade des règles, il y a plus de sang, et donc plus de risques. Avant, les femmes avaient leurs premières règles autour des 15 ans, et à 16 ans elles commençaient à avoir des enfants et cela jusqu’à leur ménopause vers les 40 ans (ici il faut noter qu’on ne parle pas tout le temps de grossesses qui aboutissent, mais il faut tenir compte aussi des périodes d’allaitement, qui bloquent les règles). Il y avait donc moins d’endométriose. On parle d’il y a 100-200 ans. 

 Il y a plusieurs théories. Une des théories est anthropologique. Il y a 1000 ans, la femme était faite comme aujourd’hui. L’espérance de vie était de 32 ans environ et puis compte tenu de la nourriture, elles avaient leurs règles autour de l’âge de 16 ans et elles enchaînaient leurs grossesses jusqu’à leur mort. Ça veut dire que le nombre de règles qu’elles avaient n’avait rien à voir avec le nombre de règles que les femmes ont maintenant. Maintenant, les femmes ont des règles des centaines de fois. 

A l’époque elles enchaînaient des grossesses, donc pas de règles, elles avaient beaucoup d’enfants dont la moitié ou les 3/4 mourraient à cause des conditions de vie. Et maintenant ce qui a changé comme disait le Dr Shabanov, c’est l’alimentation bien sûr, mais aussi et surtout les toxines. Il y a différentes théories bien entendu, mais une endométriose peut être provoquée. 

Nous savons qu’il est possible de provoquer une endométriose profonde chez des singes avec la dioxine. La dioxine c’est quoi? C’est ce que produisent nos incinérateurs, c’est les peintures, c’est dans les colorants chimiques, c’est dans les plastiques, c’est le bisphénol (perturbateur endocrinien plus connu sous le nom de BPA).

Donc selon vos observations, il y a de plus en plus de femmes qui souffrent d’endométriose, et ces femmes sont de plus en plus jeunes?

Dr Wenger: Alors oui, les nodules d’endométriose, on n’en voyait jamais. Ceci n’est pas dû au sous-diagnostic, mais il y en avait moins avant. J’ai été enseigner à Lucerne dans un centre d’endométriose où il y avait une étude au niveau mondial sur l’incidence de nodules d’endométriose et c’était connu que dans la zone autour de Bruxelles, il y avait un taux de nodules anormalement élevé dû à la pollution. 

Une partie de l’équipe chirurgical – Dr. Wenger, Dr. Shabanov et Marion –

De plus, quand ils ont fait les premières analyses de dioxines dans le sang, il en est ressorti des taux élevés chez des femmes en Italie qui avaient eu leurs règles plus tôt. L’équipe est partie en urgence en Italie car il y avait eu une explosion de cas d’endométriose, jamais vue auparavant.
Les femmes, victimes de l’environnement, ont des règles plus tôt et donc développent plus souvent une endométriose?

Dr Wenger: Oui. Tout est corrélé. Mais il y a aussi le facteur génétique et du système immunitaire. Alors est-ce que l’environnement plus toxique affecte le système immunitaire? C’est très probable. Il a y aussi une autre théorie qui est celle des cellules souches. Dernièrement, il y a aussi une cause étudiée qui est par les infections de Fusiobacterium (https://www.nationalgeographic.fr/sciences/recherche-gynecologie-endometriose-est-elle-causee-par-une-bacterie), des bactéries que l’on trouve typiquement au niveau des intestins et de l’appareil reproducteur. Ces bactéries sont capables de changer les cellules (il y a une équipe japonaise derrière cette piste qui les a trouvées dans l’utérus). 

Il n’y a pas eu beaucoup de prélèvements, mais chez les patients chez qui cela a été fait, il en est ressorti que cette bactérie se trouvait dans l’utérus.

Y a-t-il un composant héréditaire dans la maladie?

Dr Wenger: Oui. Les femmes qui ont de l’endométriose dans leur famille ont environ 7% de chances de plus de développer la maladie. Si vous voulez il y a des facteurs qui codent en favorisant l’endométriose. Ce n’est plus uniquement une question de génétique en soit mais aussi d’épigénétique. Certains facteurs modifient les gènes, modifient la génétique. Il y a des endométrioses génétiques, elles sont entre 1 et 2% des cas. Nous ne sommes pas vraiment face à beaucoup de cas où une maman a l’endométriose et sa fille aussi. 

Dr Shabanov: C’est plutôt une prédisposition. C’est un facteur externe en plus qui pourrait donner lieu à une endométriose. Mais les nouveaux tests basés sur l’intelligence artificielle essayent de déterminer certains types de gènes et les causes qui pourraient prédire un risque de développer l’endométriose. 

Dr Wenger: Ce genre de tests ne sont pas très développés. Si nous avons les symptômes et les examens cliniques, nous n’avons pas vraiment besoin de connaître ces tests pour déterminer s’il y a une endométriose. Nous utilisons ces tests pour les cas difficiles, pour lesquels nous n’arrivons pas à trouver les arguments ou les explications. 

Si une femme souffre de problèmes de règles et que les femmes de sa famille en ont souffert, est-ce une information qu’elle devrait tout de suite vous partager pour explorer la piste d’une endométriose héréditaire?

Dr Wenger: Oui, mais il faut encore faire attention à cela. C’est un peu l’épée de Damoclès sur la tête. Si vous vous dites que votre maman a souffert d’endométriose, ça ne veut pas dire que vous allez développer une endométriose. Mais disons que c’est une question qui devrait être posée à chaque femme qui arrive avec des symptômes. 

Il y a eu un cas il y a quelques années de jumelles portugaises avec une forte composante génétique. La première jumelle avait tous les symptômes et nous avons vu un gros nodule et en plus elle avait mal quand elle allait à selles. A la fin de la consultation (elle avait été d’abord voir d’autres médecins), je lui ai dit que c’était de l’endométriose. Elle m’a répondu «ah c’est bizarre, ma sœur jumelle a été opérée il y a 2 semaines au Portugal, ils lui ont enlevé un bout d’intestin car ils ont dit que c’était un cancer de l’intestin mais ils n’ont pas encore les résultats». 

En fait, l’endométriose peut parfois ressembler à un cancer. Quand les résultats étaient arrivés, la dame avait une occlusion intestinale en effet, mais c’était de l’endométriose aussi, tout comme sa sœur. 

Nous décidons d’arrêter nos échanges enregistrés ici. Il restera encore environ 1 heure d’intervention. Nous sommes revenues aux nouvelles de la patiente et tout s’est bien passé pour elle. Nous avons été impressionnées par la gentillesse, l’empathie et le professionnalisme de toute l’équipe du bloc qui nous a accueillies et qui a répondu à nos questions. 

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