Les tranchées

Lorsqu’on attend un enfant, une multitude de questions se bousculent et beaucoup de changements s’opèrent.  9 mois de bouleversement physique, émotionnel, personnel et j’en passe.

Alors on (se) prépare tout ce qui nous semble nécessaire, on veut le mieux pour cet enfant à venir c’est évident. Mais est ce qu’on veut consciemment le mieux pour soi-même ? Si on vous pose la question de vive voix, je pense que la majorité des femmes réponderont oui ! mais ce n’est pas si simple au fond.

La préparation à la parentalité et à l’accouchement est importante et permet , entre autres, de pouvoir se projeter sur les potentiels chemins qui se présentent à nous jusqu’à l’accouchement. Mais la préparation du post-partum est encore plus importante.

Soyons clair, l’accouchement n’est qu’une étape ! même si certains durent 48h, cela ne reste qu’une minuscule étape par rapport à ce qui vous attend.

Non, on ne cherche pas à vous faire peur, mais à bel et bien vous préparer et à anticiper ce qu’on appelle très justement le 4ème trimestre. Car c’est un véritable challenge dans notre société actuelle de prendre soin de soi, son bébé et son couple en menant de front une carrière et sa vie de femme.

Alors dans cet article, j’aborde le sujet encore peu connu des contractions du post-partum : les tranchées

De quoi s’agit-il ?

Ce sont des contractions de l’utérus provoquées entre autres, par la succion du bébé pendant l’allaitement. Les tranchées surviennent physiologiquement dans les premières heures du postpartum.

L’hormone responsable des tranchées s’appelle Ocytocine; c’est la même hormone que pour celles des contractions pendant l’accouchement. Elle est parfois diffusée par perfusions pour stimuler le rythme des contractions ou pour justement, aider l’utérus à se contracter.

Après l’accouchement, que vous ayez vécu une césarienne ou un accouchement par voie basse, les tranchées sont bel et bien là, c’est physiologique. Afin d’assurer votre sécurité, la sage-femme qui s’occupe de vous, va contrôler régulièrement l’état de votre utérus : c’est à dire qu’elle va placer sa main sur votre ventre en empaument celui-ci afin de vérifier sa tonicité tout en contrôlant le flux sanguin qui s’évacue entre le moment ou elle va examiner votre utérus et lorsqu’elle relâche celui-ci. Car un utérus relâché (ainsi que d’autres signes associés) peut être lié à une potentielle hémorragie débutante. Pour rappel, les hémorragies du post-partum ( immédiat ou tardif) concernent 7,8% des accouchements en Suisse4 environ et représentent une cause majeure de la mortalité maternelle dans le monde, soit un décès toutes les 4 minutes 2&3. Les surveillances sont donc primordiales.

Est ce que ça fait mal ?

Les paliers et la gestion de la douleur sont très personnels, mais en règle générale, c’est douloureux. Ces fameuses tranchées sont essentielles et nécessaires car elles contribuent à la diminution des saignements pour d’une part, prévenir une hémorragie et d’autre part,à aider l’utérus (le muscle le plus puissant du corps humain, rien que ça!), à se contracter et retrouver, de jour en jour, sa taille initiale.  

Qu’est ce que je peux faire ?

Pour gérer la douleur des tranchées et les contrôles effectués par votre sage-femme, vous pouvez prendre des antalgiques mais également prendre de longue et profonde respiration ( comme lors des contractions si vous avez dû les gérer) et vous relaxer au maximum. Adopter une position confortable, lors de l’allaitement par exemple, est primordial pour ne pas subir la survenue des tranchées.

Cependant, pas d’inquiétude, les douleurs vont et doivent aller en diminuant ( entre 4 et 8 jours, cela peut évidemment varier d’une femme à une autre).

D’autres moyens de prévention peuvent se révéler efficaces et contribuer à diminuer l’intensité des tranchées. Tel que uriner souvent, adopter une position antalgique  ( coucher sur le côté, “mi- ventre” à l’aide du coussin d’allaitement), Appliquer de la chaleur, tel que le Hot Pad, sur votre bas ventre ou encore boire régulièrement la tisane d’Alchémille commune ou vulgaire (alchemilla vulgaris) ; tout aussi efficace lorsqu’on a des règles douloureuses et un flux abondant, cette plante convient parfaitement pendant le post-partum et est allaitement friendly ! Pour plus de détails, consultez de préférence l’herboriste la plus proche pour des conseils adaptés à vos besoins.

A quoi je dois faire attention ?

Une fois que vous quittez la maternité, certes, vous avez le passage de la sage-femme à domicile mais il est vraiment important de pouvoir connaitre et reconnaitre les signes d’alertes qui vous pousseront à consulter ou à alerté la maternité ou votre sage-femme ou votre médecin.

  • Rester vigilente aux saignements : sont-ils plus abondants que d’habitudes ? vont-ils en augmentant plutôt qu’en diminuant ?
  • Vous avez un/des caillot(s) de sang plus gros qu’une pièce de 5 CHF de sang frais?
  • Malgré la prise d’antidouleurs, les douleurs abdominales persistent ?
  • L’odeur des pertes est nauséabonde, n’est pas comme d’habitude , comme vous l’a connaissez ?
  • Vous avez de la fièvre ( + que 38,5°)

Attention, ces signes sont une liste non exhaustive, mais elle permet de vous rendre attentive, sans devenir paranoïaque, aux changements et à l’évolution de votre corps pour ainsi agir en conséquence et appeler de l’aide.

Gardez à proximité les numéros d’urgence : affichés sur le frigo ou à portés de main afin de ne pas perdre de temps en cas de doute ou d’urgence.

La prévention et l’information sont les clés pour vivre plus sereinement la naissance ou la renaissance de votre vie de maman. Se préparer, c’est reprendre le contrôle en devenant actrice de sa santé, alors investissez en vous !


Source

1. Bischofberger, A., Irion, O., Savoldelli, G., L. (2011). ‘Prise en charge multidisciplinaire des hémorragies du post-partum : nouvelles stratégies’, Rev Med Suisse 2011; volume -3. no. 281, 334 – 339
2. Ronsmans C, Graham WJ. Maternal mortality : Who, when, where, and why. Lancet 2006;368:1189-200.
3. Khan KS, Wojdyla D, Say L, Gulmezoglu AM, Van Look P. WHO systematic review of causes of maternal deaths. Lancet 2006; 367: 1066–74
4. Statistique médicale des hôpitaux, Accouchements et santé maternelle en 2017, Office fédéral de la statistique, Neuchâtel 2019, OFS 1921-1700-05
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Koraline

Sage-femme et infirmière spécialisée

Je suis sage-femme et infirmière spécialisée diplômée en Suisse, je travaille dans la plus grande maternité de Suisse Romande. J’ai l’opportunité d’accompagner et de rencontrer tous les jours des femmes, des couples tout aussi incroyables que différents les uns des autres. Mais je me suis vite rendu compte que des tabous, des problématique urgentes demeuraient.

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