Face aux difficultés qui peuvent se présenter dans les débuts de l’allaitement maternel, un bon accompagnement par des professionnels s’avère essentiel.

Nous apprenons les bonnes bases de lallaitement avant de quitter la maternité grâce aux consultantes en lactation de la Clinique de La Source à Lausanne. 

1. Quel est votre rôle à la maternité de la Clinique de La Source? Comment approchez-vous l’allaitement?

Lors de la prise en charge dune maman désireuse dallaiter, nous devons prendre en compte différents facteurs:

– La disponibilité psychique de la mère et comprendre son parcours de vie, liés au type de maternage dont elle a bénéficié et à son histoire au sein de sa famille dorigine, à sa confiance en elle et à lestime delle-même, à ses capacités dengagement, sa tolérance à la dépendance première de son enfant (à savoir, sa capacité à accepter les demandes et les pleurs de son enfant). 

– Le bébé lui-même, par son physique, sa santé, son tempérament.

– Lenvironnement affectif immédiat de la mère: engagement et soutien des proches, ou isolement, désintérêt.

– Les circonstances: sécurité, contact étroit avec le nouveau-né.

– Les valeurs et les croyances liées à notre société.

 Nous pratiquons une écoute active des attentes de cette nouvelle maman et mettons en œuvre une prise en charge lui permettant de prendre confiance en elle et de mettre en avant ses compétences auprès de son enfant.

Nous offrons ainsi un accompagnement personnalisé. Les informations et les pratiques sont harmonisées au sein de l’équipe. 

Dans l’équipe, nous sommes trois consultantes en lactation. Nous nous retrouvons régulièrement, pour revoir nos pratiques et mettre à jour nos connaissances, suite aux différentes formations continues que nous suivons. Les situations sensibles sont revues. Nous sommes à disposition de l’équipe, si besoin.

Notre action est déterminante à court, moyen et long terme pour réussir lallaitement.

2. Après un accouchement, la femme traverse un tsunami de sentiments. Elle doit récupérer puis se découvrir en tant que maman. Si elle souhaite allaiter, elle doit se confronter aux difficultés du début. Comment accompagnez-vous ces nouvelles mamans?

Allaitement ne rime pas avec difficultés. Après la naissance, sur le plan physique chez la mère, deux phénomènes dominent:

– La post-gestation dont la lactation est le phénomène le plus visible et le plus connu.

– La déconstruction des structures mises en place durant la grossesse qui naboutit pas toujours au retour du corps davant. Le corps va se transformer non seulement pendant la grossesse mais aussi pendant le post-partum.

Le plan émotionnel nest pas épargné (excitation, euphorie, difficulté à dormir, stress, douleurs).

Le nouveau-né a des besoins, des rythmes propres à lui (alimentation et sommeil), des compétences, des manifestations telles que les pleurs ou les besoins de contact.

Notre rôle, en tant que professionnels, est de concilier les deux.

Pour cela en salle de naissance, on sassurera du bien-être de la maman, dune bonne adaptation du nouveau-né à la vie extra-utérine et de la première mise en contact en peau à peau. On profitera de la phase dhyper éveil et de son réflexe de fouissement (l’action de ramper jusqu’à trouver le sein), pour faire la première mise au sein, en général dans lheure qui suit la naissance, et ce quel que soit le mode de naissance (voie basse ou césarienne).

Dans les jours qui suivent, on favorisera une proximité mère-enfant. Les mises au sein seront accompagnées par une sage-femme de jour comme de nuit. Les signes de faim, les critères de succion efficace, la bonne prise du sein, les différentes positions, les rythmes éveil – sommeil, la durée des tétées seront enseignés. Il est essentiel dassurer la sécurité énergétique du bébé.

3. De nombreuses femmes reçoivent beaucoup de conseils contradictoires concernant l’allaitement et parfois même au sein de la maternité. Que doivent-elles faire dans ces cas-là?

A la Clinique de La Source, nous rencontrons très rarement cette problématique, puisque nous avons mis laccent sur un discours et des pratiques communs, évitant ainsi de déstabiliser la maman.

Si toutefois cela arrive, en parler est nécessaire. Cela permet à la maman de ne pas rester avec ses doutes et son stress.

4. La montée du lait, qu’est-ce que c’est exactement? Quand cela se passe-t-il? Comment gérer la douleur?

Cest un processus physiologique. Elle correspond au moment où le lait évolue progressivement du colostrum au lait mature.

 Durant la grossesse, le volume sanguin augmente de 1,5 litre environ, voire 2 litres.

Après la naissance, celui-ci est redistribué dans tout lorganisme en priorité vers les seins, où le débit artériel augmente beaucoup, préparant ainsi lactivité de la synthèse du lait, mais constituant un œdème qui se traduit par une augmentation du volume des seins. De plus, le placenta, par lintermédiaire des hormones, va bloquer la lactation. Après lexpulsion du placenta, la chute de la progestérone et des œstrogènes et la sécrétion de prolactine vont permettre la lactation. Elle se manifeste en général vers le 2ème – 3ème jour après la naissance et par des tensions, de la chaleur, des picotements et le gonflement des seins. Les douleurs lors de la montée de lait ne sont pas une fatalité.

Des mises au sein régulières (8 à 12 fois par jour) et une succion efficace aident à passer le cap.

Contrairement aux idées reçues, une montée de lait ne veut pas dire seins pleins. Un œdème peut provoquer cette sensation. La montée du lait est le passage du colostrum au lait mature, marquée par lapparition de flux d’éjection, entraînant une déglutition audible du bébé.

Se soulager en appliquant de la glace ou des compresses froides en dehors des tétées favorise un meilleur drainage et une diminution de l’œdème.

Appliquer des compresses chaudes, au moment de la tétée, facilite l’écoulement

5. Dès le début, les douleurs et les crevasses sinstallent. Les mamans doivent se confronter aux pleurs de leur nouveau-né lorsque la mise au sein est difficile. Tout cela peut paraître insurmontable. Comment accompagnez-vous les femmes pour quelles nabandonnent pas?

Une bonne prise du sein, et une succion correcte, dès les premiers jours, évitent en grande majorité les crevasses et douleurs, doù limportance dun bon accompagnement dès la naissance. Il est vrai quune sensibilité est présente les 8-10 premiers jours en début de tétée. Les mises au sein doivent rester agréables. Si malgré tout des crevasses apparaissent, plusieurs options peuvent être proposées à la maman lors des mises au sein selon ses désirs : 

– Soins des mamelons: gouttes de lait après chaque tétée, crème adaptée, coques en argent, compresses hydrogel (froides).

– Mise au sein avec téterelle, changements de position.

– Arrêt des mises au sein pendant 24 heures et utilisation dun tire-lait.

 Une amélioration est visible dans les 24 heures qui suivent. Être bienveillant, rassurer la maman dans ses compétences est primordial. 

Parfois, certaines mamans font le choix de ne pas continuer, car trop douloureux. Notre rôle, à ce moment- là, est de les accompagner et de les conforter dans leur décision, sans porter de jugement.

Les pleurs du nouveau-né sont le reflet dun développement normal. Ils doivent être vus comme un signal dont la fonction est dattirer lattention, de favoriser les soins et les interactions. Il est important den informer les parents. 

6. La mise en place de lallaitement peut prendre un peu de temps et nest pas innée. Que diriez-vous aux couples afin que lallaitement se passe au mieux pour tous?

La réussite de l’allaitement dépend de l’état émotionnel de la maman et de ce que fait le bébé lorsquil est au sein, de loffre et de la demande.

Instaurer une bonne lactation peut prendre du temps, jusqu’à 20 jours.

Durant tout le séjour, tout est mis en œuvre pour que tout se passe bien. Les informations sont données au fur et à mesure, de manière appropriée à chaque situation, afin de préparer un retour à domicile. La confiance en elle-même, les compétences de la maman sont valorisées.

De retour à la maison, les couples peuvent toujours faire appel aux sages-femmes indépendantes, aux consultantes en lactation ou aux infirmières petite enfance. 

7. Que doit préparer dans son sac pour la maternité une femme qui souhaite allaiter?

Des soutiens-gorge dallaitement adaptés à la taille des seins (une taille en dessus de celle de fin de grossesse), des tenues offrant un accès facile aux seins. Le matériel nécessaire comme des téterelles, des coques en argent ou des crèmes hydratantes pour les mamelons sera fournis par nos soins si besoin. 

8. Faudrait-il se procurer un tire-lait avant laccouchement? Est-ce que vous informez vos patientes à propos de son utilisation?

Non pas besoin davoir un tire-lait avant la naissance. Si le besoin se fait ressentir den utiliser un, les informations sont données lors du séjour par l’équipe de la maternité: le choix du type de tire-lait (manuel ou électrique), la taille de la téterelle (en fonction de la taille du mamelon pour ne pas le léser), quand le mettre, combien de temps, lentretien du matériel et la conservation du lait tiré.

9.  Que peut faire le papa pour aider au succès de lallaitement dès les premières heures et jours de vie du bébé?

Lallaitement est un projet de couple. Il est important d’être bien informé (bienfaits, difficultés). Le papa est un maillon essentiel dans la réussite. Il joue un rôle protecteur et de soutien. Il nourrit son enfant de sa présence et de son amour.

En participant aux soins du bébé, portage, massage, il offre ainsi à la maman la possibilité de se reposer. Il peut changer son bébé, lamener pour la mise au sein, réconforter celle-ci lorsquelle doute de ses compétences.

A la Clinique, les papas sont les bienvenus en salle de naissance, au bloc opératoire et durant le séjour (un lit d’appoint est mis à disposition pour les couples séjournant en chambre privée) où ils sont largement associés au quotidien de leur enfant et compagne.

Annick Gaspard Savoy

Nurse et Consultante en lactation à la Clinique de La Source.