En 2019, la première étude suisse sur la qualité du sperme voit le jour grâce aux chercheurs de l’université de Genève. Les sujets étaient des hommes jeunes d’entre 18 et 22 ans, recrues de l’armée et représentant la diversité cantonale suisse.

L’étude tenait à observer trois paramètres caractéristiques de la qualité du sperme: le nombre de spermatozoïdes, leur motilité et la forme. Les résultats sont troublants, la qualité du sperme en Suisse est parmi les plus bas des pays européens selon les mesures de l’OMS.

Cette recherche vient confirmer ce que les spécialistes craignaient depuis longtemps. Depuis cinq décennies la qualité du sperme dans le monde occidental est en baisse, pouvant déboucher dans des plus grandes difficultés à l’heure de concevoir un enfant. Des études ont montré que la diminution de la concentration de spermatozoïdes de 99 millions par ml à 47 millions par ml est l’un des paramètres les plus marquants de la dégradation de la qualité spermatique. En Suisse, les femmes, pour la plupart, retardent leur maternité jusqu’en moyenne leur 31 ans, ceci combiné au fait que 20% des hommes helvétiques sont subfertiles, nous nous retrouvons face à de plus en plus de couples qui ont des difficultés à concevoir. En effet, un sperme de basse qualité n’est pas synonyme d’infertilité, mais il est fort probable que celui-ci influence la facilité pour concevoir. «Il est important de savoir qu’en-dessous de 40 millions de spermatozoïdes par ml, le temps pour parvenir à la conception d’un bébé augmente significativement», souligne Serge Nef, professeur au Département de médecine génétique et développement de la Faculté de médecine de l’UNIGE.

Quelques précisions sur les conditions de l’étude

Les chercheurs de l’UNIGE avaient étudié le profil de 2523 jeunes hommes suisses pendant l’école de recrues qui avaient rempli un questionnaire sur leur santé, leur style de vie, leur alimentation ou encore leur éducation. Leurs parents avaient aussi rempli un formulaire concernant leur mode de vie, leur habitudes, leur alimentation, leur état de santé, le déroulement de la grossesse, etc. afin d’évaluer les conditions dans lesquelles la gestation s’était déroulée et leur éventuel impact sur la santé reproductive du jeune homme. Les chercheurs avaient ensuite réalisé un spermogramme en mesurant le volume, la quantité, la mobilité et la morphologie des spermatozoïdes de chaque participant.

 

Les résultats

17% des 2523 jeunes volontaires ayant participé à l’étude étaient classés dans la catégorie “subfertils” avec une concentration de 15 millions de spermatozoïdes par ml. Un jeune sur quatre possédait moins de 40% de spermatozoïdes mobiles et 43% des jeunes avaient moins de 4% de sperme considéré morphologiquement bon. Ce qui inquiète est que globalement 62% de ces jeunes ont un sperme qui est défaillant dans un des trois paramètres étudiés.

Les recherches se concentrent maintenant pour déterminer les causes de cette diminution de la qualité du sperme et pouvoir ainsi trouver une solution à ce problème. Plusieurs hypothèses sont avancées par cette étude. D’un côté, les causes environnementales et de l’autre les styles de vie. Une autre hypothèse semble déterminante. Pour certains jeunes, le problème a peut être commencé in utero, lorsque les mamans faisaient certains excès comme le tabagisme pendant leur grossesse.

Plus inquiétant encore, cette étude s’interroge sur le lien entre qualité de sperme et cancer des testicules. Un sperme de mauvaise qualité semble accompagner une hausse de cas de cancer. «Depuis 35 ans, le cancer des testicules augmente de manière régulière pour atteindre plus de 10 cas pour 100’000 hommes, ce qui est très élevé comparativement à d’autres pays européens. La qualité du sperme est généralement inférieure dans les pays où l’incidence de cancer testiculaire est élevée», s’inquiète Serge Nef.

Une chose est certaine, ces résultats sont choquants pour la population masculine chez laquelle la question de l’infertilité est encore tabou. Peu sont ceux qui osent en parler ouvertement. Mais que pouvons-nous faire pour changer cela? Comment le système de santé peut-il contribuer à détecter plus tôt ces problèmes de sperme? Pouvons-nous envisager des contrôles réguliers à l’image des contrôles gynécologiques chez la femme?

Les études montrent que chaque année plus de couples doivent consulter pour des problèmes de fertilité, et nombreux d’entre eux doivent recourir à la procréation médicalement assistée.
Une question sociale et politique se pose alors, comment percevons-nous le futur si nous tenons compte que chaque année plus de couples ont recours à la PMA? Est ce que la société helvétique veut à terme participer à la prise en charge de la PMA?

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Alejandra Maman

Co-fondatrice

Maman décomplexée de Rafael 2 ans (bébé arc-en-ciel), Carmen née en mai et de notre fidèle compagne de 4 pattes Clementina. Née espagnole, suisse d’adoption, j’ai suivi une formation en sciences politiques et histoire. Durant mes 3 grossesses j’ai fait face aux diverses difficultés et doutes propres à ces moments. J’ai souvent eu du mal à me retrouver dans l’information mise à disposition, ou bien parce que trop abondante et confuse, ou bien parce qu’elle était absente. Avec Marion nous avons décidé de créer Bouncy afin de jeter de la lumière dans cette étape de la vie, pleine de changements qui peuvent être à la fois excitants et bouleversants.