Accouchement traumatique et allaitement

La mise en place de l’allaitement n’est pas facile, d’autant plus que certaines femmes doivent traverser un accouchement difficile et se demandent si l’allaitement sera possible.

Allier accouchement difficile, voir traumatique avec allaitement maternel c’est possible.

Comment les mamans doivent-elles approcher l’allaitement lorsqu’elles ont eu une expérience d’accouchement traumatique?

L’allaitement maternel est très dépendant d’une hormone : l’ocytocine. Cette hormone est aussi appelée « l’hormone de l’amour » ou « l’hormone du plaisir », c’est-à-dire que plus nous sommes détendus, heureux, que l’on se sent entouré, etc… plus nous la sécrétons, Et au contraire, plus nous sommes anxieux, stressés, seuls… plus sa sécrétion est bloquée ou retardée. Nous le voyons avec le retard de réflexe d’éjection par exemple.

Lors d’un accouchement traumatique, vous imaginez bien que cette hormone est très peu sécrétée. Pour toutes les femmes, qui allaitent ou non, ayant vécu des situations de stress dans cette période particulièrement sensible et fragile, il va falloir favoriser les situations permettant la détente et la douceur, qui réparent l’accouchement, etc, pour favoriser la sécrétion d’ocytocine.

Voici quelques exemples :

  • Soulager la douleur au maximum par la prise d’antalgiques, des positions (particulièrement pendant les tétées) où la femme ne ressent pas de crispation ou d’inconfort (au niveau du périnée ou de la nuque/épaules par exemple)
  • Retrouver son bébé proche de soi ou sur soi 24h/24 pour le voir, le sentir, le toucher, l’embrasser
  • Rester dans sa bulle de douceur avec son bébé et son conjoint, éviter les visites voir les interdire. Les organiser à la maison, sur rendez-vous, en demandant d’apporter un plat pour le repas suivant
  • Revivre la naissance le nombre de fois que le couple en a besoin sur les premières semaines /mois. La sage-femme peut être présente pour aider. Revivre la naissance est très simple : préparer la chambre des parents comme ils auraient souhaité la salle d’accouchement (lumière tamisée, bougies, musique d’ambiance…), préparer une bassine ou un seau d’eau chaude à côté du lit. La maman s’installe sur le lit. Le co-parent ou la sage-femme met le bébé dans l’eau quelques minutes, puis le met sur la poitrine de la maman et les recouvre d’un linge chaud. Le couple peut rester le temps dont il a besoin, pour se retrouver au calme, à 3 (ou plus si les bébés sont plus nombreux).
  • Allaiter aussi souvent que le nouveau-né le montre
  • Tout autre idée qui vous permette de vous sentir chouchoutée, entourée, aimée…

Le peau à peau est recommandé après l’accouchement pour favoriser la montée du lait. Or, pour certaines mères ceci n’est pas possible. Que pouvez-vous dire pour tranquilliser les futures mères sur le point d’accoucher pour qu’elles ne s’inquiètent pas si elles souhaitent allaiter et qu’elles craignent ne pas pouvoir le faire si leur accouchement ne se passe pas comme prévu?

Le peau à peau est une méthode, mais vous pouvez faire plein d’autres choses (dont tout ce que j’ai noté plus haut) : 

  • Garder votre bébé dans votre champ visuel, l’avoir à côté de vous pour le toucher et le sentir
  • Le porter contre vous, même habillé
  • Si vous êtes séparés : demander une photo/vidéo, de faire une visio, un enregistrement de ses petits bruits, le linge dans lequel il était pour sentir son odeur, etc

Chaque début d’allaitement est différent, si cela ne se passe pas comme vous l’avez imaginé, vous pouvez mettre beaucoup de choses en place pour favoriser les débuts de votre lactation, et les 2 éléments les plus importants sont : des tétées nombreuses (ou séances d’extraction manuelle du colostrum) et favoriser la détente/calme.

Que doivent garder en tête les femmes qui viennent d’accoucher, qui veulent allaiter, mais qui reçoivent des informations et des conseils parfois contradictoires de la part du personnel médical qui les entoure (par ex. Par rapport au besoin de l’introduction d’un biberon, etc) ?

Cette question est difficile à répondre car cela dépend tellement de la situation. En règle générale, plus votre bébé est sur vous ou proche de vous, plus vous allez sentir ou voir son besoin de succion. Vous pouvez allaiter votre bébé à chaque fois, même lorsqu’il est à moitié endormi (souvent les tétées se passent mieux). De ce fait, il y aura plus de tétées, plus de stimulation et moins de problème d’allaitement.

N’hésitez pas à demander si une consultante en lactation est dans l’hôpital pour qu’elle vienne vous voir. Ainsi, elle pourra vous aider à trouver la meilleure solution qui vous convienne et également à votre bébé. 

Certains bébés prématurés doivent rester en néonatalogie même après le retour de maman à la maison. Si elle souhaite allaiter, comment doit-elle si prendre?

Si la maman ne peut pas rester en néonatologie, il faudrait qu’elle se procure un tire-lait double pompage électrique (le symphony de medela ou le carum d’ardo) avec des sets de tire-lait adaptés à sa taille. Ainsi, elle pourra tirer son lait dans l’idéal 8 fois par 24h (minimum 6 fois), jour et nuit. Elle peut faire une pause de 6h maximum entre 2 séances, 1 fois par jour. 

Lorsqu’elle tire son lait, elle alterne les moments de stimulation et les moments de drainage du sein. 15-20mn maximum suffisent. Il vaut mieux tirer son lait plus souvent et moins longtemps, que longtemps et peu souvent.

Et puis évidemment, prendre son bébé le plus longtemps possible lorsqu’elle est avec lui, demander de l’aide pour la gestion des autres enfants, des tâches ménagères…

On a tendance à dire que les accouchements par césarienne coupent les montées de lait ? Mythe ou réalité ? 

C’est un mythe mais en fonction des circonstances de la césarienne (programmée ou en urgence), l’allaitement maternel peut prendre plus de temps à s’installer. N’hésitez pas à suivre les propositions faites plus haut.

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Julie Champenois Wittlin

Infirmière indépendante spécialisée en pédiatrie

Je suis infirmière, diplômée en 2000. J’ai suivi une formation de puéricultrice en France puis de consultante en lactation IBCLC en Suisse. J'ai ensuite obtenu un diplôme universitaire (DIU) sur "les troubles de l'oralité alimentaire de l'enfant" et un sur "la nutrition et obésité de l'enfant", puis de consultante en sommeil 1001 dodos et de monitrice de la méthode "MAMA". Je suis accompagnante BN, « Biological Nuturing » avec Suzanne Colson. J'ai suivi la formation sur "les freins restrictifs buccaux" avec Caroline De Ville et obtenu mon diplôme en 2021. Je travaille depuis bientôt 20 ans auprès de l’enfant et ses parents, à l’hôpital, en crèche, à domicile et en maison de naissance. Mon expérience professionnelle et mes différentes formations me permettent d’accompagner les parents et leur(s) enfant(s), dans la bienveillance, en fonction de leurs besoins, particulièrement pendant la période de la petite enfance.

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