de la conception
à la maternité
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SuperMamans

Une communauté qui prend soin des familles

Nous avons eu le plaisir d’interviewer Annabelle Franche, présidente de l’association SuperMamans, ainsi que Laetitia Jörg, bénévole qui dédie depuis des années son temps à accompagner les jeunes parents et à faire fonctionner l’association. Les SuperMamans est avant tout une communauté bienveillante, un refuge pour les mamans qui ont besoin d’un coup de main pour affronter les premiers mois de la maternité.

L’histoire de Laetitia 

J’ai découvert l’association fin 2016, début 2017, quasiment lors de sa création. À l’époque, ma fille avait moins d’un an. Je ne me souviens plus très bien comment j’ai découvert les SuperMamans, probablement via les réseaux sociaux. J’habitais alors près d’Oron-la-Ville, sans famille ni amis proches. Je me suis inscrite comme « MamanCadeau » avant tout pour rencontrer des gens, car ma fille avait presque un an et je ressentais le besoin de créer des liens dans la région. C’est ainsi que j’ai commencé à participer, en amenant ma petite fille avec moi pour livrer des repas aux mamans de la région.

Plus tard, après la naissance de ma deuxième fille et un déménagement, j’ai eu la chance de passer de l’autre côté et de devenir « MamanABichonner ». C’était une situation assez amusante. Ma fille est née en plein été, et je me demandais si suffisamment de bénévoles allaient se manifester. Finalement, j’ai reçu beaucoup d’aide, ce qui m’a permis de voir les deux facettes de l’association.

En 2020, une annonce a été diffusée, recherchant des bénévoles pour aider à la gestion des réseaux sociaux de l’association. Je me suis dit : « Pourquoi ne pas passer à une autre forme d’engagement ? » C’est ainsi que je suis devenue plus active au sein de l’association, en parallèle de mon rôle de « MamanCadeau ». Au fil du temps, j’ai pensé que je pourrais prendre du recul. Mais finalement, je suis toujours là, attachée à l’association. Même si je bichonne un peu moins, je continue à le faire quand je peux.

Vous semblez donc attacher une importance particulière à partager un moment avec ces mamans, plutôt que de simplement déposer un repas. Vous préférez passer plus de temps de qualité avec elles, n’est-ce pas ?

Laetitia : Oui, absolument. Aujourd’hui, mes filles sont plus grandes et elles ne sont pas forcément motivées à rester chez des mamans avec des tout-petits. Mais je constate que certaines mamans ont besoin de parler, bien plus que de recevoir un plat. Quand j’ai le temps et que je suis seule, je reste un moment pour discuter. Sinon, je fais le dépôt en espérant que d’autres bénévoles auront plus de temps pour papoter avec elles.

Annabelle : Comme Laetitia l’a mentionné, nos enfants grandissent et nos besoins évoluent en parallèle. Nous sommes très attachées à l’association, et nous voulons qu’elle perdure, car nous en comprenons l’utilité. Cependant, en tant que bénévoles, nos disponibilités changent aussi.
J’ai beaucoup bichonné jusqu’à l’année dernière, mais en prenant la présidence, mon temps se consacre désormais davantage à la gestion globale de l’association. Aujourd’hui, ce sont les « MamansContact » qui organisent tout pour que ça se passe bien sur le terrain. Elles sont aussi impliquées dans divers aspects de la vie de l’association : organisation des événements, formations pour les nouvelles bénévoles, aide au comité, etc.

Il ne faut pas oublier que notre mission va bien au-delà de la simple livraison d’un repas : il s’agit aussi de créer des liens, de développer une relation. 

L’idée est donc de créer un réseau de soutien et d’accompagnement ?

Annabelle : Oui, mais ce n’est pas seulement ça. Il y a aussi des personnes qui ne sont pas encore mamans et qui souhaitent simplement aider, tout en recevant beaucoup en retour grâce à ces échanges avec les jeunes parents. Nous avons aussi des grands-mères qui veulent passer du temps avec de jeunes familles. D’ailleurs, il est important de souligner que, malgré le nom SuperMamans, il n’y a pas que des mamans ! Il y a aussi des « PapasCadeau » qui aident souvent de manière discrète. Parfois, c’est la maman qui amène le plat, mais c’est le papa qui l’a cuisiné!

Nous avons changé notre identité visuelle il y a environ deux ans pour être plus inclusifs. Bien que nous parlons toujours de « MamansÀBichonner », c’est toute la famille qui en profite. Lorsque quelqu’un vient bichonner une famille, c’est un soulagement non seulement pour la maman, mais aussi pour le papa qui, en rentrant du travail, n’a pas besoin de courir pour faire les courses ou préparer le repas. Mais soyons réalistes, ce sont souvent les femmes qui bénéficient des visites, car elles restent plus fréquemment à la maison que les papas.

SuperMamans échangent

Un soutien pour la jeune famille

Laetitia : En effet, les mamans demandent de commencer les visites environ un mois après la naissance, quand le papa retourne au travail et qu’elles se retrouvent seules.

La Suisse étant un pays où l’expatriation et la mobilité sont courantes, il est parfois difficile de trouver ce « village » qui aide à élever un enfant, comme c’était le cas autrefois.

Annabelle : C’est vrai, même au sein de la Suisse, il suffit que les grands-parents soient éloignés ou encore actifs professionnellement pour que les jeunes parents se retrouvent seuls. Cependant, parfois déposer un plat ne suffit pas. On lit souvent des jeunes mamans qui demandent, dans des groupes sur les réseaux sociaux, s’il y a d’autres mamans dans la même situation, dans leur région, prêtes à faire une sortie. Il y a beaucoup de demandes, mais j’ai l’impression qu’il n’y a pas toujours beaucoup de réponses. L’avantage avec SuperMamans, c’est que nous organisons des rencontres. Personne n’est obligé de participer, mais une fois la rencontre planifiée, nous savons que, dans la majorité des cas, elle aura lieu. C’est grâce à notre équipe de MamansContact comme Laetitia, que la mise en relation se fait, ce qui permet souvent de tisser des liens d’amitié qui perdurent.

C’est un peu triste de le dire, mais parfois, on se retrouve parce qu’on partage les mêmes difficultés, la même situation.

Laetitia : C’est un peu ça, oui. Deux femmes qui viennent d’accoucher peuvent plus facilement partager leur vécu.

Annabelle : Même si la bénévole n’a pas vécu cette expérience, pour la jeune maman, cela fait énormément de bien de partager avec quelqu’un de neutre, d’extérieur, et d’échanger. Parfois, il suffit juste de parler d’autre chose que de la maternité pour se changer les idées!

SuperMamans café

Un moment de partage

 

Laetitia : Le repas est un prétexte à la rencontre. J’ai même déjà proposé de ne pas apporter un repas, mais simplement un gâteau pour le goûter et de partager un café. Le repas est toujours le bienvenu, mais souvent, une simple rencontre pour discuter peut suffire. Cela peut créer des amitiés, et certaines mamans finissent par rendre la pareille.

Pensez-vous que l’entraide est plus facile dans les petits villages, tandis qu’en ville, les gens sont plus indépendants ?

Laetitia : J’ai plus de facilité à organiser dans ma région de petits villages comme dans le Gros-de-Vaud que dans des zones comme Pully ou Lutry. Je ne sais pas si c’est partout pareil, mais peut-être que dans les villages, les femmes savent qu’elles finiront par se croiser lors d’activités.

Annabelle : Cela dépend aussi des périodes. Honnêtement, nous n’avons pas encore trouvé pourquoi certaines périodes de l’année ou certaines régions fonctionnent mieux que d’autres. Par exemple, certaines zones de Genève ou de Lausanne ne marchent pas aussi bien que d’autres. Peut-être que cela a à voir avec l’accessibilité. En campagne, la plupart des gens sont véhiculés, ce qui n’est pas toujours le cas à Lausanne, et selon, cela peut freiner les rencontres.

Les sages-femmes doivent aussi passer pour s’assurer que tout va bien pour les mamans et les bébés. Elles échangent un peu avec les mamans sur leurs ressentis, etc.

Annabelle : Oui, les sages-femmes jouent un rôle essentiel, mais elles sont généralement présentes pour les 56 jours après la naissance; elles ne restent pas non plus pour prendre un café ou discuter de tout et de rien. Leur travail est très humain, et elles sont à l’écoute de la Maman, bien sûr, mais l’angle est différent; ça reste un travail.

Laetitia : Avec une bénévole, on peut parler de sport, de télévision, de littérature ou d’activités à faire avec bébé.

Parlons justement des activités maman-bébé. Sur les réseaux sociaux, on voit souvent ce qui se fait ailleurs, notamment aux États-Unis ou au Canada, avec beaucoup d’activités pour les mamans et leurs bébés. Est-ce qu’ici, nous ne manquons pas de ce genre d’offres ?

Annabelle : Alors non, ce n’est pas forcément le cas. Il y a plein d’activités, mais les gens peinent à s’inscrire. Je trouve qu’il y a beaucoup de centres et de lieux d’accueil, mais c’est souvent la population migrante qui y participe. Ces lieux et les activités proposées peuvent être facilement trouvés avec une petite recherche sur Internet.  Il existe aussi un guide du canton de Vaud qui répertorie tous les lieux et contacts utiles. 

Le problème serait donc que les gens n’osent pas se rendre dans ces lieux de rencontre ?

Annabelle : Peut-être. Ça demande quand même un effort d’aller à la rencontre de l’autre.

Laetitia : Nous prenons de moins en moins de temps pour les autres. Mais j’observe que lorsqu’une maman se lance comme bénévole, l’expérience est extrêmement positive pour elle. Certaines en ressortent grandies. Rien que le fait d’avoir aidé une fois leur apporte beaucoup.

Annabelle : C’est l’avantage des SuperMamans. Les bénévoles peuvent aider quand elles le peuvent, selon leur disponibilité. Que ce soit une fois par an ou vingt fois, toute aide est précieuse.

Laetitia : Nous avons différentes manières de collaborer. Il y a les bénévoles qui apportent les repas, les “MamansContact” à qui on demande un peu plus, certes, mais toujours en fonction de leur emploi du temps, car elles doivent gérer les emails et organiser des bichonnages. Ensuite, pour les stands ou nos autres événements, nous avons aussi besoin de bénévoles, mais c’est encore plus sporadique. Nous arrivons à fonctionner ainsi, car toute aide, même petite, est précieuse pour nous.

Echange entre SuperMamans

Bichonnage avec repas

Parlez-nous de votre plus belle réussite ou de votre plus belle histoire à ce jour.

Laetitia : Tout simplement, c’est l’histoire d’une personne que j’ai bichonnée pour la première fois dans le village où j’habitais. Ensuite, c’est elle qui est venue chez moi. Je suis retournée deux fois chez elle aussi, car elle a eu deux enfants à la suite. Aujourd’hui, nous nous voyons régulièrement, et c’est devenu une amie. Je trouve cela magnifique.
Côté “MamanContact”, c’est une autre histoire. J’ai organisé un bichonnage pour une dame qui habitait apparemment une très belle maison. La première “MamanCadeau” qui s’y est rendue m’a dit qu’elle pensait que cette dame n’avait pas besoin d’aide, puisqu’elle avait du personnel de maison. J’ai donc appelé cette maman pour lui demander, et elle a pleuré au téléphone. Elle m’a dit qu’en effet, elle n’avait pas besoin de repas, mais de voir des gens et de parler. Elle était très reconnaissante et touchée que l’on comprenne que ce n’est pas parce qu’on a de l’argent que l’on n’est pas seul. C’est pourquoi je recommande souvent d’apporter un gâteau ou de partager un thé ou un café.

Annabelle : La maternité touche tout le monde et bouleverse la vie qu’on avait avant. Avoir deux belles voitures devant la maison ne change rien au sentiment de solitude qu’une jeune mère peut ressentir. Elle peut tout autant avoir besoin d’aide. Même si, certes, ne pas se soucier du repas est un grand avantage!

Racontez-nous les défis actuels que vous rencontrez dans l’association.

Annabelle : Le défi, ce sont les bénévoles. Nous avons une grande base de données, mais beaucoup sont inactifs, et nous ne savons pas toujours pourquoi. Parfois, nous ne parvenons même plus à les joindre, ce qui fait que certains bichonnages n’ont pas autant de passages qu’il pourrait y avoir. L’association fonctionne très bien : nous avons atteint environ 600 bichonnages jusqu’en septembre cette année, et assurément plus d’ici la fin de l’année, malgré la baisse du nombre de naissance décrié. Du côté du comité, nous essayons de mieux faire connaître l’association en menant différentes campagnes de promotion, en mettant sur pieds différents projets, en participant à ces colloques etc…  Dans les prochains mois, nous espérons obtenir des fonds pour créer une application mobile qui faciliterait les contacts. Nous n’avons aucun financement régulier, sauf quelques donateurs annuels.

Votre association exerce une activité d’intérêt public. Dans ce sens, pourriez-vous accéder à des fonds publics ?

Annabelle : Oui, mais les critères sont très précis et il est parfois difficile d’accéder à ces aides. Il y a deux ans, nous avons obtenu des fonds pour traduire notre site web et nos flyers en huit langues, car cela correspondait aux priorités de l’agenda public à ce moment-là. Nous cherchons aussi des fonds auprès de fondations privées. Pour chaque projet, il nous faut d’abord trouver le financement. L’application SuperMamans ne verra donc pas le jour en 2024.

Sur le plan des politiques sociales, y a-t-il des aspects qui pourraient être améliorés pour répondre aux besoins que vous comblez, comme en matière de repas ?

Annabelle : Ce qui pourrait aider, c’est un allongement du congé maternité et un congé paternité digne de ce nom. Le congé maternité est trop court, les places en crèches sont limitées, et le congé paternité est quasi inexistant. Cela empêche la cellule familiale de s’organiser de manière optimale. Une réorganisation de ces deux pôles seraient fort utiles pour les familles!

Il a été prouvé que les pays qui bénéficient d’un congé maternité plus long vivent mieux l’expérience. Cela laisse plus de temps pour s’organiser, préparer des repas ou accompagner la jeune mère dans son post-partum.

Annabelle : Lors des baby showers, on voit de plus en plus les invités offrir des plats à congeler. Si cette entraide existait dans toutes les familles, les SuperMamans n’auraient pas de raison d’exister. Si amener un repas et échanger quelques mots devenait naturel dans chaque voisinage, nous n’aurions pas besoin d’être là. SuperMamans lie santé, repas et social, un concept que le gouvernement ne peut pas instaurer.  Il faut aussi avoir l’envie de rencontrer l’autre. C’est pourquoi nous félicitons les mamans qui ouvrent leur porte à des inconnus quelques semaines après avoir accouché. Elles disent souvent recevoir bien plus qu’un repas, même si ce n’est pas pour tout le monde.

Vous recommandez de mettre des repas sur les listes de naissance, plutôt que des cadeaux ?

Annabelle : Absolument. Le bébé n’a que faire d’avoir des jouets ou des vêtements en trop. Il faut offrir des visites, des repas et du temps. Nous sommes là pour soutenir, discuter, papoter, échanger des ressources.

Pour finir, avez-vous d’autres projets, mis à part la création de l’application ?

Annabelle : Actuellement, nous avons une “MamanContact” dans le canton de Berne qui va partir vers de nouvelles aventures, et nous devons la remplacer. Nous recherchons donc une “MamanContact” bilingue français-allemand qui habite et qui pourrait s’occuper d’organiser les bichonnages dans le canton de Berne. Et dans nos rêves les plus grands, nous aimerions être présente en Suisse alémanique et au Tessin. Nous avons déjà fait un bichonnage au Tessin et aimerions en refaire d’autres. Certaines mamans romandes qui déménagent un peu plus loin en Suisse souhaitent continuer à bichonner, mais il nous faut une personne capable de communiquer dans les deux langues (allemand ou italien et français!)  pour développer le concept et organiser les bichonanges là-bas. Le concept a déjà été exporté à Berlin, en Lituanie, et en France. Nous avons partagé nos outils avec eux. C’est merveilleux, mais ici en Suisse, nous n’avons pas encore réussi à mettre tous les efforts pour nous développer au-delà de la Suisse romande. 

Nous espérons que cet entretien tombera entre les mains d’une personne souhaitant collaborer avec vous dans ce sens.

Annabelle : L’association fêtera ses 10 ans l’an prochain. Nous avons beaucoup évolué. C’est devenu une sorte de PME avec une gestion de projet et des ressources humaines. Mais nous gardons toujours le cap sur ce que nous faisons à la base:  que nous sommes là pour apporter un soutien logistique et ponctuel aux familles. Nous ne nous limitons pas uniquement à la naissance du bébé : nous essayons de soutenir les familles en cas de dépression post-partum. Nous organisons également des accompagnements pour les femmes menacées d’accouchement prématuré. Nous venons de terminer notre projet pilote de bichonnage pour les familles proches aidantes, celles touchées par une maladie grave ou un accident. Récemment, un papa qui a perdu sa femme nous a contacté, et nous avons organisé un bichonnage exceptionnel. Des bénévoles ont fait appel à leur propre réseau pour mettre en place quelque chose de vraiment spécial et répondre vraiment aux besoins de cette famille là.
Pour nous, toute famille mérite d’être bichonnée, peu importe ses moyens financiers, sa situation ou sa composition.

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